Résultats du concours d’histoires courtes de 2026 entre Alumni
Il est temps d’annoncer les résultats de l’édition 2026 du concours d’histoires courtes entre Alumni, sur le thème « Peur, moi ? Jamais ! » !
Les trois histoires primées sont trois textes qui se lisent en 5 minutes :
- Je n’ai pas envie, de Cléo Alduy (promo 2019)
- Moi, Marcel P., peur de l’IA ? Jamais, de Dominique Magnien (promo 1970)
- Tristes jours, d’Alain Nicolaïdis (promo 1967)
Dans les trois cas, le jury a apprécié la manière dont est interprété le thème, qui a fait la part belle aux peurs et aux sources d’anxiété contemporaines, pour montrer quelles ressources intérieures ou quelles références culturelles peuvent être mobilisées pour s’en jouer.
Toutes nos félicitations aux lauréates et au lauréat !
Vous pourrez trouver les textes directement à la source du distributeur, qui sera installé à l’Association à partir du 3 juin ; les visiteurs de l’Association pourront les imprimer. N’hésitez pas à rendre une visite au 26, rue Saint-Guillaume !
Vous retrouverez enfin les textes de manière aléatoire, parmi ceux des étudiants et des lauréats des années précédentes, ici.
Découvrez ce que l’Association offre aux lauréates et au lauréat :
- une place pour le dîner littéraire du 2 juillet prochain, au cours duquel ils liront leur texte au fil de la soirée, en présence des membres du comité de sélection et du jury ; vous pouvez d’ores et déjà toutes et tous vous y inscrire ;
- un exemplaire du livre lauréat de la troisième édition du prix du roman de Sciences Po Alumni, dédicacé ;
- un recueil La bêtise artificielle, qui réunit trente nouvelles écrites par des Alumni au fur et à mesure des 30 premiers numéros d’Émile.
Petit rappel des modalités
Rappelez-vous. A partir du 6 mars dernier, vous avez été invités à imaginer un texte sur ce thème : « Peur, moi ? Jamais ! »
Le concours était ouvert dans une seule catégorie, celle des textes qui se lisent en 5 minutes.
Le comité de sélection a sélectionné une partie des textes. Cette phase ne pouvait pas être anonyme pour tous les membres du jury, le simple fait d’aller télécharger les textes sur l’interface obligeant à voir le nom de l’auteur.
Le deuxième jury a élu les lauréats parmi dix textes anonymisés transmis par le premier.
Des participations qui ont joué avec toute la gamme de nos peurs
Nous avons reçu des textes très divers, en prose comme en vers, souvent basés sur les peurs suscitées par le monde contemporain, mais aussi sur les peurs les plus universellement partagées (la peur de mourir, la peur pour ses proches, la peur de l’inconnu...). Plusieurs textes jouaient avec ces peurs, pour nous faire sourire et nous inciter à les désamorcer. L’humour pour surmonter la peur, mais aussi l’amour, la camaraderie... les Alumni ont été très inspirés et nous les en remercions.
Deux participants sur cinq étaient des participantes et deux textes sur trois ont été écrits par les promotions du XXIème siècle (mais toutes les décennies ont été représentées depuis les années 1960) ! Au final, le jury a distingué des textes issus de promos très différentes : 1967, 1970, et 2019.
Les lauréates, le lauréat, leurs textes et leur rapport à l’écriture
Je n’ai pas envie, de Cléo Alduy (promo 2019)
« Je n’ai pas envie » nous entraîne dans le flux de conscience d’une jeune femme submergée par les causes d’angoisse que l’actualité déverse en continu, qui choisit de se retirer du monde avec son chat dans son appartement confortable et protégé... et le fait jusqu’à l’absurde.
Le jury a apprécié le diagnostic cruel, mais lucide, sur notre monde contemporain : on dirait une phobie sociale, mais entre les nouvelles anxiogènes qui nous assaillent, et une jeune femme qui développe une phobie sociale extrême pour pouvoir se défaire de la peur, qui est le plus fou ?
« ... je ne comprends pas cette habitude des autres à toujours le commenter le monde, moi plus je l’ignore et moins j’ai peur ».
Nous avons posé trois questions à Cléo, sur son rapport à l’écriture.
Pourquoi avez-vous eu envie de participer au concours d’histoires courtes entre Alumni ?
Je suis inscrite à la newsletter de Sciences Po alumni et quand j’ai reçu le mail qui annonçait le concours j’étais dans le train et je me suis dit que je pouvais prendre le temps du voyage pour écrire un texte court et y participer.
Avez-vous d’autres expériences d’écriture ?
Je tiens une newsletter de fiction sur Substack, Des tulipes sur le trottoir, sur laquelle je publie des textes toutes les deux semaines, sauf en été. Et j’ai publié mon premier roman en septembre, il s’appelle Parfois colère et c’est l’histoire d’une jeune femme qui perd son meilleur ami et qui essaie de faire son deuil et de refaire sa vie.
Avez-vous des projets dans le domaine de l’écriture ?
J’essaie de terminer un nouveau projet de roman, ça me prend pas mal de temps. Sinon mon obsession du moment c’est les petites phrases, j’en ai plein dans mes notes et je ne sais pas quoi en faire. Je les relis souvent.
Moi, Marcel P., peur de l’IA ? Jamais, de Dominique Magnien (promo 1970)
On ne présente plus l’IA générative, ni les peurs qu’elle éveille. Peut-être croyez-vous que les arguments sur le sujet sont déjà rebattus ? En ce cas, lisez « Moi, Marcel P, peur de l’IA ? Jamais » : la nouvelle nous emmène dans les réflexions d’un mystérieux Marcel P. (toute ressemblance avec un des plus célèbres écrivains français est encouragée), qui revigorent puissamment notre pensée.
Le jury a apprécié que Marcel P. (toute ressemblance avec un des plus célèbres écrivains français est encouragée) n’ait pas peur : il sait, lui, qu’en matière d’activités humaines, le résultat compte moins que le chemin. Or, le chemin, aucune IA paramétrée pour générer un résultat immédiat ne saura jamais s’y attarder...
« On commence un texte pour expliquer une chose et l’on termine en comprenant tout autre chose – ce qui, à bien y réfléchir, constitue peut-être la définition même de la littérature ».
Nous avons posé trois questions à Dominique, sur son rapport à l’écriture.
Pourquoi avez-vous eu envie de participer au concours d’histoires courtes entre Alumni ?
Le « distributeur d’histoires courtes » comme mode de diffusion m’a intéressée et le thème proposé m’a immédiatement suggéré le titre du texte à écrire, comme une évidence.
Avez-vous d’autres expériences d’écriture ?
L’écriture est, pour moi depuis que je sais lire et écrire, un outil en perpétuelle transformation, un jeu obéissant à des règles mystérieuses, mais avec lesquels j’ai gagné ma vie dans les multiples métiers de la communication et avec lesquels je continue de m’amuser.
Avez-vous des projets dans le domaine de l’écriture ?
Le projet ou le rêve de poursuivre mon compagnonnage avec Marcel P. en rédigeant des chroniques sur des sujets d’actualité de notre monde dystopique.
Tristes jours, d’Alain Nicolaïdis (promo 1967)
« Tristes jours » que ceux qui commencent le 11 juin 1940 : quand on est un jeune élève de Saint-Cyr, il y a de quoi avoir peur... sauf si on a « conscience de faire son devoir ». Ce texte nous emmène au cœur d’un récit d’attente de l’assaut, et de ses conséquences jusqu’à l’écho final que renvoie celui du 6 juin 1944.
Le jury a apprécié le fait que le narrateur ne livre pas une vision manichéenne des jeunes soldats, mais laisse une place à leur peur, aux valeurs au nom desquelles ils acceptent de la surmonter quand même, et aux raisons pour lesquelles ils portent – ou pas – les médailles qu’on leur décerne.
« Nous étions étonnamment calmes, mais l’attente était longue. Lorsqu’on sait qu’on va mourir à vingt ans, c’est toujours trop long... »
Nous avons posé trois questions à Alain, sur son rapport à l’écriture.
Pourquoi avez-vous eu envie de participer au concours d’histoires courtes entre Alumni ?
À 20 ans, j’avais gagné un concours de nouvelles à l’École Polytechnique. Je me suis dit : pourquoi ne pas tenter ma chance, 65 ans après, à Sciences Po.
Avez-vous d’autres expériences d’écriture ?
Lorsque Michel Mohrt, membre du jury (pas encore académicien) m’a remis le prix de la nouvelle à l’X, il m’avait dit : « Qu’est-ce que vous foutez là ? Vous devriez écrire ! ». Après une vie professionnelle bien remplie, j’ai fini par suivre son conseil. J’ai « commis » les ouvrages suivants :
Fiordalisa-L’Occident et Fiordalisa-L’Orient, roman historique qui imagine le voyage d’une princesse sicilienne en Chine au XIIIe siècle qui deviendra la mère du dernier empereur de la dynastie Song, à l’apogée de la civilisation impériale.
Il n’est peut-être pas inutile d’écouter les vieux cons, réflexions sur la politique et « poil-à-gratter » vis-à-vis de la « pensée unique ».
2033 - L’espoir après le chaos, une fable sur l’évolution du monde (François Hollande m’avait dit, avec son humour habituel : « Attendre 2033 pour retrouver l’espoir ? Pas joyeux »).
Vers le IVe Reich ? Une seule solution pour l’éviter, plaidoyer pour l’avènement d’une véritable Europe pour mettre fin à l’ectoplasme bruxellois.
Juliette en Indochine, « remake » de Roméo et Juliette, roman relatant, sur fonds de guerre d’Indochine, les amours impossibles de la fille du directeur de la Banque de l’Indochine et d’un prince annamite combattant acharné de la colonisation de son pays.
Le premier de ces ouvrages a dépassé 15 000 exemplaires, les suivants 10 000, et le dernier, récent, a l’air bien parti pour le succès (pas mal pour des livres autoédités... le bouche à oreille, ça marche).
Avez-vous des projets dans le domaine de l’écriture ?
Un seul projet (à 85 ans, il faut devenir raisonnable !) :
Écrire mes mémoires... à l’usage de mes enfants et de mes amis. Pas par ordre chronologique, ce qui serait fastidieux, mais par sujets : vie professionnelle, voile (mon péché mignon), études, prime jeunesse (né à Paris en 1941, sous la botte allemande), famille (avec quelques figures exceptionnelles : un grand-père devenu chirurgien après avoir été premier prix de conservatoire de violon, un oncle milliardaire incroyablement original), ancêtres spectaculaires (un mandarin vietnamien, un général décoré par Napoléon pour n’avoir pas mangé son cheval pendant la retraite de Russie, une beauté dont Vigée-Lebrun a fait le portrait et qui fut la maîtresse de l’avocat de Louis XVI...).
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