Services de presse entre Alumni #41 : Mœdium, de Renée Zachariou
02.23.2026
« C’est drôle. C’est crédible. C’est très humain » : Chantal Lafont-Forestier (promo 1978) nous explique pourquoi elle recommande Mœdium, roman de Renée Zachariou (promo 2016), roman qui « poétise le quotidien avec talent », paru le 18 février 2026 chez Mnémos.
Le livre

L’autrice
Crédits : Amélie Guinet
Franco-grecque, Renée Zachariou est née et a grandi à Athènes avant d’intégrer Sciences Po Paris en 2010. Diplômée en 2016 du double master Public and Corporate Management (Sciences Po / HEC), elle travaille d’abord dans le secteur culturel, notamment à son intersection avec le monde de la tech. Après des postes chez Futur en Seine et Google, elle devient plume freelance en 2021.
Elle a publié des nouvelles au sein de recueils (Le cherche midi), dans des revues (Écriture de soi-R) ou en ligne (Usbek & Rica). Mœdium est son premier roman : l'autrice en parle ici.
Vous pouvez retrouver ses textes sur son site reneezachariou.io ou vous abonner à sa newsletter Chaussettes de soirée si vous vous sentez d’humeur festive.
Présentation du livre par la maison d'édition
On dit que certains liens sont immuables, et que l'oubli a toujours un prix.
Data scientist rationnelle, allergique aux prophéties comme aux souvenirs trop lourds, Moira n’a jamais cru aux dons de voyance de sa mère. Alors, à sa mort, elle n’a plus qu’une obsession : sceller à jamais la porte de l’agence de médium qui l’a vue grandir.
C’était sans compter sur un objet étrange abandonné là… À son contact, les sensations affluent : des fragments du passé reviennent, précis, troublants, incontrôlables. Hallucinations ? Malédiction ?
Lorsque surgit un duo énigmatique – un vieil homme au sourire démesuré, accompagné d’une adolescente à la pâleur spectrale –, les certitudes de Moira vacillent. Qui était réellement sa mère ?
Mœdium est un roman à la fois tendre et drôle, ourlé de mystère, où le réel déraille juste assez pour révéler ce que la mémoire cache, et ce que les mères transmettent malgré elles.
Un extrait choisi par Chantal : l'incipit
C’est difficile d’être médium quand on n’a pas de talent.C’est ce que je pensais de ma mère. Qu’elle n’avait pas de talent. Enfin, pas de talent pour lire l’avenir. La preuve, elle n’a pas pu prévoir que son cœur s’arrêterait de battre, un lundi après-midi de mai. Un mois de mai où on a froid comme en novembre.Je suis assise par terre dans le salon-agence, au milieu de cartons où gisent des araignées en plastique, des mains cuivrées et des livres aux couvertures cornées. Je ne sais pas ce que je ferai une fois que les boîtes seront remplies, et fermées. Les déposer sur le trottoir ? Contacter l’amicale des voyants d’Île-de-France ?Ma mère voulait que je reprenne l’agence. J’ai fait des études de maths. Elle disait que j’étais rationnelle de naissance, comme si c’était un défaut congénital. Mais qui ne l’empêchait pas de m’aimer.J’ai besoin d’un café.
L'avis de Chantal
Un des charmes de ce roman, c’est la diversité des univers proposés au lecteur. Décrits avec douceur, et non sans humour, ces univers se côtoient, se juxtaposent mêlant progressivement quotidien et magie.
Un monde de jobs connectés et creux...
D’abord l’univers des premiers jobs un peu foutraques ; univers d’indécision où des adultes en herbe, juste sortis de l’université, occupent avec tolérance des emplois creux par manque de désir car « savoir ce qu’on veut cela demande du travail » ; tous dotés des « skills » de la modernité professionnelle (à rendre jaloux plus d’un senior !), tous égarés dans les promesses de la tech et tous un peu paumés quant à la prise en main de leur « Moïra » (traduction pour ceux qui ont séché le grec : Destinée).
L’autrice décrit là, subtilement, ce quotidien d’univers connectés où la pulsation des sauvegardes, des « barres de progression anémiques », des requêtages et épurations de fichiers rythment la banalité du quotidien. Son agence de conseil qui vivote sur les « data » dans une odeur de beurre industriel, avec un patron improbable et des clients du même acabit, tous entrepreneurs, tous ayant trouvé « l’idée du siècle », est un pur délice. C’est drôle. C’est crédible. C’est très humain.
... mais aussi une agence de voyance
Puis, elle nous insère avec tendresse dans l’agence de voyance maternelle ; ce bric-à-brac dont l'héroïne hérite, haut lieu du kitsch, où l’ordinateur rayonne, maléfique, flanqué d’un coucou suisse mexicain et d’un œuf vibrant. Elle installe l’atmosphère fuchsia de ce chez-soi maternel fait de café loupé, de biscuits entamés de crêpes brûlées, de nouilles instantanées, de romans à l’eau de rose. C’est plaisant, reposant. Cela libère de toute injonction ménagère, de tout « bon goût ». C’est réussi. On s’y sent bien.
Un quatuor amical aussi cocasse que touchant
Enfin, quatre post-ados aux marges de la normalité attendue se baladent dans cette histoire. Ces profils décalés, aux franges de notre modernité, portent la sincérité de ces amitiés d’enfance, entières, pleines et sans jugement. Une solidarité exemplaire va ainsi se nouer autour de l’héroïne et l’histoire se déployer.
Et pour l'écriture ? Elle poétise notre quotidien. Et ça, avec talent. J’aime beaucoup. Je cite : « À chaque fois qu’elle touche son écran, ça fait le bruit d’une goutte qui tombe. Et elle tape tellement vite qu’on se croirait sous la pluie. » C’est beau.
« Dans la cuisine, les couleurs ont l’air d’avoir été astiquées au torchon gris ». Comment mieux dire l’humeur chagrine ?
Des chutes dans l’œuf qui ouvrent au monde des souvenirs
Reste à préciser l’objet du roman : les souvenirs. Au cœur de l’histoire, il y a l’œuf. Est-ce là sorcellerie ou magie ? Cet œuf questionne, ravive la mémoire. Mais cela fait débat entre les protagonistes. Les souvenirs sont-ils souhaitables comme le prône l’amie de CP ou faut-il comme l’héroïne préférer tout oublier ? Mais pourquoi malgré ce désir d’oubli cette dernière est-elle assaillie par les odeurs de crêpes brulées de son enfance ? Pourquoi souhaiter l’oubli et cependant souffrir de l’oubli ?
Cet imbroglio souvenirs / absence de souvenirs va s’accélérer, car quelques dieux grecs épuisés frappent à l’huis. S’ensuit une auscultation attentive de cet œuf étrange ; ce qui va conduire, après divers dispositifs exploratoires des plus incongrus (et quelques mouvements d’inattention) à diverses chutes déroutantes dans des flots de souvenirs. Comment résister à ces dieux grecs ? Comment sortir indemne de ces torrents de mémoire ?
Au lecteur de prendre le livre et de s’y immerger.
Comments0
Please log in to see or add a comment
Suggested Articles