Service de presse entre Alumni #38 : Vingt minutes sous la terre, de Capucine Delattre
11.23.2025
« ... raconter le métro, le trouver utile ou violent, beau ou laid, et, pour ainsi dire, le transformer » : Clarisse Ranc (promo 2009) nous explique pourquoi elle recommande vivement l'essai de Capucine Delattre (promo 2023) qui raconte Vingt minutes sous la terre « avec habileté et humour », paru en novembre 2025 aux Éditions La Ville Brûle. Et si vous voulez en profiter pour revoir la célèbre campagne « T'as le ticket chic »... rendez-vous ci-dessous !
Le livre

L’autrice
Capucine Delattre sur le site Babelio
Capucine Delattre est autrice, éditrice et passionnée par le métro. Après les romans Les Déviantes (2020), Un monde plus sale que moi (2023) et De son sang (2025), Vingt minutes sous la terre est son premier essai.
Présentation du livre par la maison d'édition
« J’aime le métro pour ce que racontent ses paradoxes. Il est le pourvoyeur de nos histoires et une histoire en lui-même. Il est un symbole d’aliénation et d’émancipation. Il est le bras armé du capitalisme et un transport en commun écologique et populaire. Il est un lieu de rencontres mais aussi de dangers. Il est à la ville et il est à nous. »
En puisant dans des travaux universitaires autant que dans la pop culture, Capucine Delattre pose un regard passionné et politique sur le métro, retraçant son histoire avec humour et érudition. De Paris à Téhéran, en passant par Berlin, Delhi, Londres et New York (entre autres), elle nous entraîne dans un voyage souterrain à travers les métros du monde. Comprendre les origines et les dysfonctionnements de ce mode de transport, prendre conscience de ce qu’il est pour nous, imaginer ce qu’il pourrait être, voici ce qu’elle nous propose aujourd’hui, le temps d’un chapitre... ou d’un trajet.
Vous pouvez aussi écouter l'autrice présenter son livre ici, et en lire un extrait ici.
Un extrait choisi par Clarisse
L'imaginaire du métro, dans toutes ses facettes, c'est surtout un furieux besoin de créer du sens à partir de ce qui n'en a a priori aucun : faire tous les jours le même trajet dans un sens puis dans l'autre. C'est beau et nécessaire et important, ça fait en tout cas partie de ce qui me donne de la force et de l'espoir au quotidien. Mais ça ne suffira jamais à rendre l'usage du métro beau si par ailleurs, sa réalité, ses orientations stratégiques et économiques nous violentent. Je travaille moi aussi avec ce livre à rendre le métro plus important et iconique qu'il ne l'est, non pas parce que je suis une agente infiltrée de la RATP, mais parce que je crois profondément que ça rendra votre quotidien plus beau. Faire de cette obligation un nécessaire et souhaitable élément du déroulé de nos vies, l'ancrer dans nos souvenirs, le rendre important, c'est extrêmement puissant et bénéfique. Mais cela doit aller de pair avec un travail sincère et soutenu pour rendre le métro désirable.Ça ne veut pas dire qu'il ne faut pas rêver, au contraire. Je crois qu'on doit encore s'attendrir devant la scène d'Il était temps et rêver à la beauté du train sous la terre. Et je crois que cet émerveillement n'interdit pas la colère - il peut même la permettre, la favoriser. Je suis d'autant plus triste de ce que le métro devient que je l'adore. Et continuer à rêver, à l'imaginer, c'est déjà un peu commencer à le réparer.
L'avis de Clarisse
Les populations citadines peuvent disserter des heures sur les avantages et les inconvénients du métro, que l’on nomme aussi la « deuxième » voiture. Certes, il a changé la vie de millions de personnes que ce soit à Paris, Londres, Berlin, New-York, Delhi ou encore à Moscou. Avec un trajet qui dure en moyenne vingt minutes, l’habitant d’une capitale trouve le métro nécessaire. Mais il ne faut pas occulter sa part sombre. L’autrice Capucine Delattre n’en finit pas dans son essai intitulé « Vingt minutes sous la terre » de décrypter avec minutie cet univers mouvant qu’est le métro, ce transport en commun « écologique et populaire ».
Le métro, source d'inspiration pour les arts
Il peut être fascinant pour les uns, comme détesté par les autres. Il est aussi bien perçu comme un « catalyseur de hasards », un lieu des possibles, un lieu d’espoir, un lieu de rencontres, qu’un lieu de tous les dangers.
Il a inspiré et inspire toujours les écrivains, les compositeurs et les cinéastes. Qui ne se souvient pas du film Le dernier Métro de François Truffaut, de Peur sur la ville de Henri Verneuil, de Subway de Luc Besson, de L’Attaque du métro de Tony Scott ou encore du film plus récent Il était temps de Richard Curtis ? Et si l’on revient à la fin des années cinquante, on pense à Zazie dans le métro de Louis Malle d’après le roman de Raymond Queneau ou à la fameuse chanson du Poinçonneur des Lilas de Serge Gainsbourg. On ne manque donc pas d’imagination pour raconter le métro, le trouver utile ou violent, beau ou laid, et, pour ainsi dire, le transformer.
Un travail très documenté... jusqu'aux références publicitaires
A travers l’exercice d’un essai, Capucine Delattre retrace l’histoire du métro avec habileté et humour. Pour nous expliquer ses origines et son fonctionnement, elle s’appuie sur des travaux universitaires, sur des interviews et également sur la pop culture. Elle nous entraîne dans cet univers souterrain parfois obscur pour découvrir aussi ce qu’elle appelle des « communions humano-ferroviaires », qu’elle trouve belles et intenses, que ce soit avec des adultes ou de petits enfants !
L’autrice scrute l’ensemble de cet univers en majeure partie souterrain. Tout y passe : les types d’usagers qui l’empruntent chaque jour, l’ambiance qui y règne, les usages courants de cet espace public, les contingences associées, ses violences, ses bizarreries, son décor fabriqué de toutes pièces. Chaque voyageur du chemin de fer métropolitain peut voir quotidiennement des affiches murales censées lui proposer de l’évasion et du rêve. Entre autres, le rôle puissant de la publicité omniprésente dans le métro est traité dans ce livre. Le lecteur né avant les années 80 s’amusera à revoir sur YouTube la campagne de publicité de la RATP intitulée « T’as le ticket chic ! », sortie en 1982. Enfin, l’autrice nous fait aussi voyager en nous racontant l’histoire d’autres métros, comme celui de Berlin. Tout est très bien sourcé.
Une face sombre aussi, mais qui ne l'emportera pas
Capucine Delattre pose les bonnes questions, enquête sur les problématiques liées à ce territoire particulier qu’est le métro. Et surtout, elle nous invite à réfléchir sur ce que notre société a produit.
« L’imaginaire du métro, dans toutes ses facettes, c’est surtout un furieux besoin de créer du sens à partir de ce qui n’en a a priori aucun : faire tous les jours le même trajet dans un sens puis dans l’autre » peut-on lire dans son essai (voir extrait ci-dessus). Si l’autrice se plaît à décrypter l’utilité indéniable du métro, elle n’hésite pas à pointer sa réalité économique et les dangers de cet espace public souterrain. C’est dans la dernière partie du livre que les dessous du métro -les diverses agressions dans le métro, les dysfonctionnements techniques, la présence de la mort, la peur du métro- sont déchiffrés. C’est moins glamour, mais c’est aussi la réalité du métro.
On sort de la lecture du livre mieux informé et ravi ! Et le point final de Capucine Delattre qui remercie sa mère, la première à l’avoir emmenée dans le métro de Paris et à avoir gardé les tickets de métro violets, nous rassure. Tout citadin qui se respecte, continuera à prendre le métro. Une discipline de l’essai, ma foi, si on insiste, plutôt réussie !
Comments0
Please log in to see or add a comment
Suggested Articles