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Compte rendu de la conférence "Les relations israélo-saoudiennes après le 7 octobre"

Entités

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12.19.2025

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Thème : Les relations israélo-saoudiennes après le 7 octobre
Date : 18 décembre 2025 – Sciences Po

Intervenants :

Ambassadeur Gérard Besancenot, diplomate, ancien poste en Arabie saoudite

Dr Amélie Férey, chercheuse à l’IFRI, spécialiste d’Israël et des questions de sécurité

Modération : Nour Eid


1. Contexte général

La conférence s’inscrit dans un contexte de recomposition majeure du Moyen-Orient après les attaques du 7 octobre et la guerre à Gaza. Avant ces événements, un rapprochement entre l’Arabie saoudite et Israël semblait imminent, certains évoquant une normalisation quasi acquise. La guerre a toutefois profondément fragilisé cette dynamique, tout en laissant subsister, à moyen terme, des perspectives conditionnelles de reprise du dialogue.


2. La position saoudienne (analyse de l’ambassadeur Besancenot)


a. Gaza, Iran et Liban : une perception ambivalente

  • Gaza : Forte émotion dans l’opinion publique saoudienne et arabe. Les autorités saoudiennes ont durci leur discours, allant jusqu’à qualifier l’action israélienne de « génocide ». Riyad réaffirme clairement son attachement à la solution à deux États, notamment via une initiative franco-saoudienne à l’ONU.
  • Iran : L’Arabie saoudite refuse toute confrontation directe, incompatible avec ses objectifs économiques (Vision 2030), tout en se réjouissant discrètement de l’affaiblissement régional de l’Iran. Elle se pose comme médiatrice potentielle entre Washington et Téhéran.
  • Liban : Critique officielle des opérations israéliennes, mais satisfaction tacite face à l’affaiblissement du Hezbollah. Riyad conditionne toute aide à la reconstruction du Liban à son désarmement.


b. Normalisation avec Israël

Mohammed ben Salmane (MBS) reste favorable, sur le principe, à une normalisation, inscrite dans l’Initiative arabe de paix. Toutefois :

  • Il exige un engagement clair, contraignant et irréversible vers la création d’un État palestinien.
  • Contrairement aux Émirats arabes unis, il refuse toute normalisation « à blanc », conscient de son rôle de futur gardien des lieux saints et de la sensibilité de l’opinion publique (largement hostile aux accords d’Abraham).
  • La normalisation, si elle a lieu, serait spécifique et bilatérale avec les États-Unis, même si elle pourrait être présentée politiquement comme une extension des accords d’Abraham.


c. Les promesses américaines (F-35, sécurité, nucléaire)

  • Les annonces de Donald Trump (F-35, investissements massifs) relèvent davantage de la déclaration politique que d’accords concrets.
  • Les Saoudiens cherchent avant tout des garanties de sécurité crédibles et l’accès aux technologies clés (IA, défense), tout en évitant une dépendance excessive vis-à-vis de Washington.
  • Leur stratégie repose sur le multi-alignement (États-Unis, Chine, Russie, Europe).


3. Le point de vue israélien (analyse du Dr Amélie Férey)


a. Une position paradoxale

Israël se perçoit à la fois :

  • comme militairement dominant, après l’affaiblissement du Hamas, du Hezbollah et des réseaux iraniens ;
  • et comme politiquement fragilisé, dépendant plus que jamais des États-Unis, dans un monde en voie de désoccidentalisation.


b. Les accords d’Abraham et leurs limites

  • Pour Netanyahou, les accords d’Abraham constituent un héritage politique majeur, visant à intégrer Israël dans la région tout en marginalisant la question palestinienne.
  • Le 7 octobre a brisé cette dynamique et ravivé les contradictions internes.
  • Israël craint aujourd’hui une érosion de sa “supériorité militaire qualitative”, notamment en cas de vente de F-35 à l’Arabie saoudite.


c. Le refus israélien de l’État palestinien

  • Le gouvernement actuel rejette explicitement toute création d’un État palestinien (lois votées à la Knesset, déclarations du ministre de la Défense).
  • La stratégie israélienne à Gaza, au Liban et en Syrie vise moins la stabilisation que le maintien d’États faibles ou fragmentés, perçus comme plus favorables à la sécurité israélienne.


4. Dynamiques régionales et rôle des grandes puissances

  • Les États-Unis cherchent à se désengager partiellement du Moyen-Orient pour se concentrer sur la rivalité avec la Chine, tout en maintenant une présence stratégique dans le Golfe.
  • L’Arabie saoudite aspire à devenir un acteur pivot régional, médiateur entre Washington et Téhéran, moteur de la reconstruction (Syrie, Liban) et pôle de stabilité économique.
  • L’Europe apparaît en retrait, avec une influence diplomatique et stratégique limitée.


5. Conclusion

La conférence met en lumière une région marquée par :

  • une recomposition stratégique profonde ;
  • une normalisation israélo-saoudienne toujours envisageable, mais strictement conditionnée à la question palestinienne ;
  • une opposition croissante entre la logique transactionnelle saoudienne et la logique idéologique et sécuritaire israélienne ;
  • et une incertitude durable liée à la volatilité de la politique américaine et à la figure de Benjamin Netanyahou.

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